L'idée — début février 2026
Pulse Bornier #03 vient d'une frustration. Les deux premières Pulse Bornier (#01 et #02, prototypes d'atelier non commercialisés) cachaient leur électronique sous une plaque arrière. Ça marchait — l'œuvre réagissait, les LED pulsaient — mais quelque chose me dérangeait. L'objet ressemblait à un tableau classique avec un truc dedans. Le truc était caché. Le truc était la honte de l'œuvre.
Je me souviens de la phrase qui a tout déclenché. Un visiteur de l'atelier, un soir, regarde Pulse Bornier #02 au mur, observe les LED qui s'animent quand il s'approche, fronce les sourcils, et demande : « mais c'est branché où ? » J'ai répondu en montrant l'arrière. Il a hoché la tête, poliment. Il n'a plus regardé l'œuvre de la même façon. Quelque chose s'était brisé.
Le lendemain matin, j'ai dessiné Pulse Bornier #03 sur un carnet. Le bornier en façade. Visible. Assumé. Pas un défaut à cacher : un élément du vocabulaire visuel, comme un rivet sur un jean brut.
Les choix techniques — fin février
Trois décisions structurantes ont été prises en quinze jours.
Format carré 30 × 30 cm
Format manifeste. Suffisamment grand pour porter une présence visuelle, suffisamment petit pour rentrer dans 95 % des intérieurs. Le carré aussi pour rappeler une fenêtre — l'œuvre regarde, donc elle doit avoir l'air d'une fenêtre.
24 LED WS2812B en couronne
Pas une bande linéaire, pas une matrice rectangulaire : une couronne circulaire, 24 LED régulièrement espacées sur le pourtour. La couronne était plus difficile à câbler proprement (chaque soudure visible sous lumière rasante), mais le résultat est plus lisible. L'œil suit naturellement la circulation lumineuse. Le rythme paraît plus organique qu'un défilement linéaire.
Capteur capacitif natif ESP32
Pas de capteur capacitif externe (il en existe d'excellents, comme le MPR121), mais directement les broches tactiles natives de l'ESP32. Plus simple, plus fiable, moins de composants. Une plaque conductrice rectangulaire de 4 × 5 cm sous la toile, reliée par un fil unique au pin T0 de l'ESP32.
Les ratés — mars
Trois échecs majeurs avant le résultat.
Le capteur capacitif détectait tout le temps. Il prenait pour une présence le moindre courant d'air, le moindre changement d'humidité. L'œuvre passait son temps à pulser dans une pièce vide. Cause : seuil de détection trop bas. Solution : calibration auto au boot — l'œuvre lit la valeur ambiante pendant 2 secondes au démarrage, puis fixe son seuil à 85 % de cette valeur. Robuste depuis.
Le bornier en façade chauffait. Pas dangereusement, mais sensiblement au toucher après deux heures de fonctionnement. Cause : alimentation sous-dimensionnée, le régulateur de tension travaillait en limite. Solution : alimentation externe 5V / 3A déportée à l'extérieur, le bornier en façade ne porte que le câble basse-tension qui rentre. Effet de bord positif : le câble visible devient plus fin, plus élégant.
Animation trop spectaculaire. La première version pulsait en arc-en-ciel rotatif rapide quand on touchait l'œuvre — visuellement impressionnant, mais inadapté à l'axiome 3 du manifeste (« réaction sobre, jamais spectaculaire »). Solution : retour à un comportement plus contenu — la couleur passe au magenta KARBON pendant 3 secondes, puis revient lentement à son état de repos. Plus juste, plus tenu.
Le moment qu'on attend
Le test décisif d'une pièce Artronic, c'est la première fois où l'interaction complète tourne de bout en bout — capteur, animation, retour au repos — sans qu'on ait à la déclencher manuellement. C'est ce moment qu'on espère toujours, à chaque pièce. Quand il arrive, la pièce répond à une présence pour la première fois, et c'est ce qui distingue un objet électronique d'une œuvre Artronic.
L'œuvre fait quelque chose parce que quelqu'un est là. Pas parce qu'on a lancé un programme.
L'analogie la plus juste est celle d'un parent qui voit son nouveau-né tourner la tête vers une voix pour la première fois. Avant ce geste, l'enfant réagit à la lumière, au bruit, à la chaleur — mais c'est mécanique. À cet instant, il répond. Le bébé n'est pas devenu intelligent en une seconde. Mais quelque chose s'est ouvert. Une pièce Artronic, à son éveil, traverse exactement ce même seuil.
Ce que la pièce sera
Pulse Bornier #03 sera pièce unique. Le firmware définitif recevra son hash SHA-256, consigné sur le certificat d'authenticité et gravé sur la plaque arrière. À l'acquisition, l'acheteur recevra le code source sur clé USB, avec un mot d'introduction qui résume à peu près ce que je viens d'écrire ici.
Ce qui change pour la suite
Pulse Bornier #03 fixera plusieurs choix qui deviendront standards dans les prochaines pièces : l'alimentation déportée en externe, le capteur capacitif natif ESP32, la calibration auto au boot, le comportement sobre au touch. La prochaine pièce de la série, Pulse Bornier #04, utilisera ces conventions et explorera autre chose : multi-zones LED indépendantes, ou capteur de son.
Le carnet de l'atelier reste ouvert. Cette page sera mise à jour à chaque étape franchie — y compris le moment de l'éveil, dès qu'il survient. Pour être prévenu·e des avancées, abonne-toi à la newsletter de l'atelier.