Pendant longtemps j'ai cherché à tout cacher. Le câblage, les borniers, les fils. Ça me semblait plus propre, plus fini. Une œuvre sans cicatrices visibles.
Puis j'ai commencé à regarder différemment. Le bornier à vis — cette pièce industrielle qu'on trouve dans tous les tableaux électriques — c'est une signature. Elle dit : quelqu'un a branché quelque chose ici. Quelqu'un a décidé du courant.
"La présence de l'outil dans l'œuvre, c'est la présence de la main. Et la main, c'est la preuve que rien n'est automatique."
Ce changement de regard a transformé ma façon de composer. Maintenant je dessine avec les contraintes. Le câble passe là parce qu'il doit passer là — et cette nécessité devient une ligne dans la composition.
La toile d'abord
Ce que j'ai conservé du Pop Art et du Street Art, c'est la primauté de la surface peinte. La technologie est dessous, derrière, dedans — mais elle ne mange pas la peinture. La toile reste la toile. L'électronique est le squelette, pas la peau.
C'est pour ça que je parle de mouvement Artronic et pas de media art ou d'art numérique. Le numérique efface les traces. L'Artronic les revendique.
Une question de composition, pas de propreté
La décision de montrer ou de cacher n'est pas une question de finition. C'est une question de sens. Un fil caché dit : oublie comment c'est fait. Un fil visible dit : regarde comment c'est fait. Ces deux phrases produisent des œuvres entièrement différentes.
Aujourd'hui, la règle que j'applique est simple : je montre ce qui participe à la composition, je cache ce qui n'y participe pas. Le bornier participe. L'alimentation secteur, non — elle part par-dessous.
Ce que ça change pour le collectionneur
Quand un collectionneur reçoit une pièce Artronic, il reçoit aussi une documentation technique : schéma de câblage, référence des composants, version du firmware. Ce document existe précisément parce que le câblage est une partie visible et intentionnelle de l'œuvre — pas un détail de coulisse à ignorer.
Plusieurs collectionneurs m'ont dit que c'est ce qui les a convaincus. Pas la lumière, pas le mouvement — la transparence. Voir que c'est fait de mains humaines, avec des composants qu'on peut nommer, racheter, remplacer. Une œuvre compréhensible dans sa mécanique est une œuvre qu'on peut entretenir à vie.
Le cas Pulse Bornier #03
Sur Pulse Bornier #03, j'ai fait un choix radical : le bornier 12 bornes en laiton mat est centré dans la composition, à mi-hauteur, aligné sur l'axe de symétrie de la toile. Ce n'est pas une contrainte technique placée là par défaut — c'est une décision de mise en scène aussi délibérée que la position d'un œil dans un portrait.
Le fil rouge d'alimentation 5V court sur 14 cm en diagonale avant de disparaître dans le chassis. Cette diagonale répond à la diagonale du stencil. Si tu l'enlevais, la composition perdrait un élément. Le câble est devenu du dessin.