Le Raspberry Pi fait tourner Linux. C'est un ordinateur. Avec ça, tu peux faire n'importe quoi — jouer une vidéo, analyser une image, connecter une API. C'est puissant, et c'est pour ça que je ne l'utilise pas dans mes pièces.
L'ESP32 fait une seule chose à la fois. Il lit un capteur. Il allume des LEDs. Il attend. Cette pauvreté fonctionnelle est une richesse artistique : l'œuvre ne peut pas "déborder" de ce qu'elle est censée être.
"Un outil trop puissant pour sa tâche génère du bruit. L'ESP32 est exactement à la mesure de ce que je lui demande."
La question de la panne
Il y a aussi une question de durabilité. Un Raspberry Pi sous Linux peut corrompre sa carte SD, nécessiter des mises à jour, planter sur un kernel upgrade. Un ESP32 flashé avec un firmware stable tourne dix ans sans maintenance.
Pour une œuvre destinée à vivre dans un appartement ou une galerie sans technicien dédié, c'est une contrainte de conception qui prime sur tout. L'œuvre doit pouvoir fonctionner sans moi.
Cette simplicité volontaire, c'est aussi un geste éthique. Je ne veux pas que mes pièces soient des dépendances technologiques. Elles doivent survivre à leur auteur.
Ce que ça implique pour le firmware
Choisir l'ESP32, c'est accepter de tout écrire soi-même en C++/Arduino. Il n'y a pas de système d'exploitation qui absorbe la complexité. Chaque comportement de l'œuvre — la courbe d'atténuation des LEDs, le délai de réponse au capteur, la durée d'une pulsation — est écrit explicitement dans le code.
C'est une contrainte que je vis comme une discipline. Chaque ligne de code est une décision artistique. Le firmware d'une pièce Artronic, c'est autant une partition qu'un programme.
Les GPIO comme vocabulaire
L'ESP32 dispose de 34 broches GPIO. Dans une pièce Artronic, chaque broche utilisée a un nom dans mon carnet de travail : D4 → ruban LED principal, D5 → capteur PIR, D18 → bornier signal droit, D19 → bornier signal gauche. Ce mapping est une partition instrumentale. Ajouter un élément à la pièce, c'est d'abord lui assigner une broche — avant même de penser à sa forme visuelle.
Ce vocabulaire de broches me force à penser l'œuvre en termes d'entrées et de sorties avant de penser en termes de couleurs ou de mouvements. La contrainte hardware précède l'intention esthétique. Et c'est précisément cet ordre qui donne aux pièces Artronic leur cohérence interne : rien n'est décoratif, tout est branché à quelque chose.
Le WiFi que je n'utilise pas
L'ESP32 a du WiFi et du Bluetooth intégrés. Je ne les utilise pas dans mes pièces actuelles — délibérément. Une œuvre connectée à internet est une œuvre dont le comportement dépend de serveurs externes. Si le serveur tombe, si l'API change, si le réseau est coupé : l'œuvre est morte.
La réactivité de mes pièces vient du monde physique — un corps qui passe devant le capteur, la lumière ambiante qui change, le contact d'une main. Pas d'un flux de données externe. L'autonomie de l'œuvre est une condition de sa survie. Le WiFi existe dans la puce. Il dort. Et cette retenue est un choix que je documente dans chaque fiche technique.
Ce que ça dit au collectionneur
Quand je livre une pièce, je fournis aussi le fichier .ino compilé — le firmware exact qui tourne dans l'œuvre. Ce fichier est lisible, commenté, versionné. Un collectionneur qui veut comprendre pourquoi la LED pulse à 1,4 seconde exactement peut ouvrir le code et lire la ligne.
Ce niveau de transparence n'est possible que parce que le firmware est simple. Cinq cents lignes de C++ clair valent mieux que cinq mille lignes de Python enchevêtrées dans un système d'exploitation. L'ESP32 contraint la complexité à rester humainement lisible. C'est de la littérature, pas de l'ingénierie.